Il en a gros sur le coeur, Claude Puel. Il faut dire que son Losc tenait vendredi une nouvelle fois l'Olympique Lyonnais au bout du fusil. A sept minutes près, les Lillois auraient pu prolonger leur réputation de bête noire incontestée du quintuple champion de France. Au lieu de cela, les Nordistes, qui ont dilapidé dans une fin de match totalement ratée le fruit d'une victoire qui leur tendait les bras, fragilisent un peu plus leur troisième place au classement de la Ligue 1 et surtout laissent un doute bien superflu les assaillir à quelques jours de leur déplacement à Old-Trafford.
"Ça tourne sur des détails, lâche l'entraîneur lillois au micro de Canal+. On se demande comment on peut perdre un tel match en ayant eu autant la maîtrise de ce match, Lyon n'a pas eu une occasion, et au final, cette défaite met à mal tout le travail fait jusque-là. On perd encore le fil alors qu'il n'y avait pas matière. Ce sont des erreurs de jeunesse, encore de métier..." Et l'impression d'un beau gâchis qui n'aura sans doute pas échappé à l'invité de marque qui, outre Raymond Domenech, avait pris place dans les tribunes du Stadium Lille-Métropole, un Sir Alex Ferguson spectateur attentif de la défaillance sur le tard des Lillois. Celle qui permet à l'OL d'enchaîner un deuxième succès de rang, mais surtout de renouer avec sa marque de fabrique, celle du retour du diable vauvert, lui qui ne s'était plus imposé à Lille depuis 2001 et un succès signé grâce à des buts d'Anderson et Delmotte.
Audel, le coup de flair de Puel...
Mimétisme curieux, Lyon s'en sera remis vendredi à un attaquant brésilien et à un défenseur pour se sortir d'un bien mauvais pas qui aura longtemps fait craindre une nouvelle rechute après sa victoire (1-0) face à Lorient. Des Lyonnais qui sont les premiers à se défaire de la frilosité ambiante en première période et à développer le premier mouvement intéressant grâce à une montée rageuse de Florent Malouda qui alerte François Clerc, positionné quasiment dans un rôle d'ailier vendredi, et dont la remise permet à Fabio Santos, contré, puis Kim Källstrom sur des frappes puissantes de solliciter Tony Sylva (14e). La réponse lilloise est immédiate avec cette frappe surpuissante Bastos qui, lui, ne trouve pas le cadre (15e).
Lyon se contente de juguler les offensives lilloises. Sans forcer ou simplement ne peut-il pas faire plus. Et rappelle même à quelques occasions sa récente mauvaise passe comme sur cette relance ratée prête à profiter à Johan Audel, titularisé avec flair par Puel à la place d'un Peter Odemwinguie en froid avec son entraîneur. Mais, à quelques jours du rendez-vous à Rome, le « policier » est de retour et Cris, d'un tacle impeccable en position de dernier défenseur, écarte le danger (26e). Mais l'OL comme sur ce mouvement à une touche de balle qui met sur orbite Kallstrom, dont le raid se terminera le nez dans le gazon après une charge de Jean II Makoun, donne aussi certains signes encourageants (38e). Jusqu'à ce ballon dégagé difficilement des deux poings par un Grégory Coupet, gêné par Sébastien Squillaci, sur lequel Yohan Cabaye, à l'entrée de la surface de la réparation, ne se pose pas de questions et décoche une frappe travaillé et plongeante qui vient s'écraser sur la barre du gardien lyonnais battu sur ce coup-là (44e). Un avertissement sans frais pour les hommes de Gérard Houllier. "Physiquement, c'est un rythme de Ligue des Champions", commente le très en vue Yohan Cabaye à la pause, comme pour indiquer l'importance de cette répétition générale.
Et à la reprise, la bévue est lyonnaise avec sur cette touche anodine de Cabaye, Cris et Toulalan qui se gênent et laissent Johan Audel, qui traîne dans leurs dos libéré du marquage de Squillaci, fusiller à bout portant un Coupet impuissant (1-0, 52e). Un terrible coup de barre pour l'OL rattrapé d'un coup d'un seul par ses démons. Et c'est Lille qui, mis en confiance, se libère. Cabaye s'essaye à une tentative de lob des vingt-cinq mètres qui vient tutoyer la lucarne de Coupet (54e).
Houllier: "Je comprends leur douleur..."
L'OL a toutes les peines à se remettre et doit attendre dix bonnes minutes avant de signer sa première occasion digne de ce nom. Sur une déviation de la tête de Cris, monté aux avant-postes, Malouda décoche une reprise instantanée suffisamment dévissée pour échapper le cadre (67e). Conscient de l'impact que pourrait avoir une rechute sur son équipe avant le rendez-vous européen, Gérard Houllier, tandis que Claude Puel ménage Mathieu Bodmer, de retour de blessure, après une heure de jeu (64e) tente le tout pour le tout et fait entrer Milan Baros et Sidney Govou à la place d'Anthony Reveillère et Fabio Santos, avant que Malouda ne cède sa place à Ben Arfa (77e). L'OL vacille, tangue dangereusement mais l'OL se retrouve. Juninho suspendu et absent, le coup-franc reste une valeur sûre au sein de la maison rhodanienne. Et c'est cette fois Fred qui s'y colle sur une frappe pure et surpuissante qui trompe Sylva, abandonné par son mur (1-1, 83e).
Lille, dans un désir sans doute de se préparer à la partie de manivelle qui l'attend à Manchester, multiplie les fautes et offre ainsi trop de coup-francs à des Lyonnais à l'instinct soudain réveillé. Et sur l'un d'eux, frappé de la gauche par Toulalan, une tête (ou le dos?) de Squillaci vient lober de manière imparable Sylva battu pour la deuxième fois de la soirée (1-2, 89e). Six minutes top chrono, l'OL venait de réveiller son instinct de vainqueur. "Je comprends la douleur des Lillois, commentait à l'issue de la rencontre un Gérard Houllier soulagé. Cela nous est aussi arrivé à Marseille et aussi en fin de match à Troyes. On a eu la réussite avec nous à la fin. (...) Lille est une équipe qui vous force à déjouer. (...) Le mérite que je reconnais à mes joueurs, c'est d'avoir su pratiquer un autre football, peu académique sans doute. Mais ce soir, je crois que c'est un tournant dans le championnat." Au classement, l'OL, avec quatorze points d'avance sur Lens, a en effet repris ses aises...