Pour ne rien vous cacher, j'ai longtemps apprécié Gérard Houllier. Son côté atypique. Le Touquet, Noeux-les-Mines, Lens. Des vraies racines. Puis champion avec le PSG... Pas piqué au foot trop tôt. Un passé de prof qui vous met les deux pieds dans le sol. Et puis l'Angleterre ! Coach de Liverpool, c'est déjà grand, mais si on rajoute la Coupe de l'UEFA, respect !
J'avais même la tentation de le placer parmi les sages du foot. Pardon, mais même son infarctus sur le banc des Reds plaidait pour lui. Quand il vous arrive un truc comme cela, vous ne pouvez que relativiser. Prendre de la hauteur... Et voilà la vraie question qui se pose. Est-il vraiment possible de prendre de la hauteur dans le monde du foot ?
Alors que j'avais espéré un Houllier capable de dire à ses joueurs battus : « On fait une haie d'honneur à nos vainqueurs à la manière des rugbymen », le voilà grognon. Je le cite au terme de la finale de la Coupe de la Ligue : « D'habitude, on félicite les vainqueurs mais là, non. C'est un hold-up ! ». Quand je dis grognon, je suis gentil. J'aurais dû dire « mauvais joueur ». J'aurais pu dire « bête ». Mais j'aime bien Gérard Houllier, alors je suis allé à la source. Je cite :
- Allo, Gérard, on peut se parler ?
- Difficile, j'ai décidé de ne pas parler à la presse pendant quelques jours...
- Ca tombe bien. Cela fera une exclu... Il y a une éternité que je n'ai pas fait d'interview. Et je crois qu'on se connaît depuis plus de 20 ans (ignoble chantage affectif...)
- Bon, d'accord. Je fais une exception.
- Allez, c'est parti ! Je te donne un joker. Un seul.
Gérard, j'ai été choqué par votre réaction après la défaite face à Bordeaux. Pas très sport tout ça...
C'est marrant. D'habitude, je me fais chambrer parce que je félicite toujours mes adversaires. Là, je me fais casser parce que je les critique. Oui, j'assume. J'ai du respect pour les Bordelais mais j'estime qu'ils ont refusé le jeu. Deux tirs au but dans une finale, ce n'est pas ma philosophie du jeu. Et puis, ils ont été trop agressifs. On a le droit de défendre mais pas de filer des coups comme ça. Pour être honnête, ce qui m'a agacé aussi, c'est que mes joueurs n'ont pas tous su se contrôler face à cette agressivité. Fred notamment.
On ne peut pas demander à toutes les équipes de jouer comme Lyon...
Mais avec une équipe comme ça, Bordeaux ne devrait pas être 21 points derrière nous. Ils devraient jouer au foot. Le foot, c'est peut-être du business, mais c'est aussi du spectacle. Enchaînez trois finales comme ça et vous videz les stades. Ou alors vous considérez le spectateur comme un cochon de payant. Et c'est la mort du foot. Ce n'est pas ma philosophie. Moi, je me targue d'avoir produit du beau jeu depuis deux ans à Lyon ! C'est cela ma différence. Après la finale dans le vestiaire, j'ai dit à mes joueurs que j'étais fier d'eux. Cela conforte notre réputation. L'équipe la plus populaire de France, c'est Marseille, mais celle qui pratique le plus beau jeu, c'est Lyon.
Du beau jeu, mais une saison un peu décevante finalement...
(Enervé)... Vous voulez que je vous rappelle notre bilan : on est champions à neuf journées de la fin. Il n'y aura pas une équipe à 65 points... Meilleure attaque. Meilleure défense. Huitièmes de finale de la Ligue des champions. Finaliste de la Coupe de la Ligue. Battu en Coupe de France par le futur finaliste. Et on fournit quinze joueurs aux différentes sélections !
Mais quand même, la Ligue des champions...
La Ligue des champions. A moi de poser des questions. Combien des quarts de finalistes de l'an passé sont là cette saison ?
Euh...
Un seul ! Milan. Et encore, ils se sont qualifiés par miracle face au Celtic ! Barcelone, Arsenal et les autres ont sauté aussi. Et ce n'est pas le drame, non ? Et bien pour nous non plus !
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